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COOPERATION AU DEVELOPPEMENT
( Intervention de Monsieur Philippe Suinen, Commissaire général aux Relations Internationales de la Communauté française de Belgique et Directeur général des Relations extérieures de la Région wallonne le 10 octobre 2002 à Namur )
CONCEPT ET OBJECTIFS
La conception et la pratique de la coopération au développement résultent, notamment, de l'évolution institutionnelle de chaque pays. Ainsi, au sein de l'Etat fédéral belge, chacun des cinq gouvernements fédérés, comme par exemple celui de la Région wallonne et celui de la Communauté française, assume la double responsabilité de la définition et la maîtrise des politiques sectorielles dont les domaines sont considérés comme les plus proches de l'individu et de son épanouissement. Il s'agit, par exemple, de l'éducation et de la formation, de la culture, du développement économique, de l'agriculture, du logement ou encore de l'environnement, entre autres. Parallèlement, au sommet de notre Etat, le gouvernement fédéral assume les missions classiques englobantes, telles les Affaires étrangères ou encore la Justice, par exemple. En conclusion, les concepteurs de cette architecture institutionnelle ont créé le niveau des entités fédérées par rapport au double objectif, irréfragable, de l'efficacité et de la proximité de l'action publique vis à vis des préoccupations quotidiennes d'existence du citoyen. Et il existe là une relation explicite avec notre action en matière de coopération au développement.
En effet, schématiquement, pour nous, la notion de coopération au développement recouvre deux espaces d'intervention spécifiques mais en interrelation dynamique : premièrement, l'action de terrain et, deuxièmement, la reformulation du monde dans une voie plus juste, au sein des enceintes internationales principalement. Premièrement donc, la coopération de terrain. Celle ci a pour objectifs l'exercice sans entrave de la dignité et la satisfaction des besoins fondamentaux des groupes humains vers une prise en charge autonome de leur développement. Il ne s'agit pas d'une coopération de substitution mais plutôt d'une coopération en amorce de l'autonomisation (selfreliance) des individus et des collectivités qui les unissent. Cette coopération de terrain implique, d'une part, le niveau de proximité le plus approprié et, d'autre part, le niveau le plus compétent en matière technique et de décision dans les domaines clés du développement. Or il se fait, précisément, que, depuis une vingtaine d'années, les entités fédérées belges mènent des actions soutenues de coopération au développement mais ce uniquement dans les domaines pour lesquels elles sont compétentes sur notre sol, et qui ont déjà été évoqués plus haut. Constitutionnellement, ces entités ont la capacité internationale, notamment le jus tractati, pour l'exercice de leurs compétences sur la scène internationale. Le carcan en quelque sorte imposé par notre Constitution permet donc de rencontrer les exigences de proximité, de compétence technique et de compétence décisionnelle, qui sont autant de gages d'efficacité.
La seconde dimension de l'action de coopération au développement, celle de la redéfinition du monde dans une voie plus juste et plus favorable aux pays du Sud, suppose, quant à elle, la définition de nouveaux rapports au niveau planétaire et la mise au point d'une régulation du fait économique, en ce compris la recherche de nouvelles ressources, comme la taxe dite Tobin ou, a contrario, les initiatives en faveur du désendettement des pays les plus démunis.
Cette problématique englobante relève principalement des Nations unies et de leurs institutions spécialisées et implique, par conséquent, un dialogue permanent entre les Etats par l'intermédiaire, entres autres, des diplomaties respectives. Et c'est bien entendu dans cette dimension que, à nos yeux, se positionne idéalement, en pleine concertation avec les entités fédérées, la mission de l'Etat fédéral, comme par ailleurs, également, en ce qui concerne la diplomatie préventive ou encore la coopération judiciaire.
PRIORITES SECTORIELLES
En conséquence, en ce qui concerne plus précisément nos secteurs d'intervention privilégiés dans les pays du Sud, nous pouvons en identifier onze, à savoir l'enseignement et la formation, au sens de l'éducation de base et de la formation technique et professionnelle ; l'enseignement supérieur et universitaire ; le développement culturel ; la communication comme outil du développement; la jeunesse ; la politique familiale l'environnement, au sens de la gestion et de la maîtrise des ressources naturelles ; l'énergie la santé; le développement économique ; enfin, l'agriculture et le développement rural.
PRIORITES TRANSVERSALES
Ces priorités sectorielles s'inscrivent bien sûr dans le cadre englobant des grandes préoccupations transversales de la communauté internationale et dont nous tirons les cinq principes directeurs de notre action, à savoir l'universalité des droits de l'Homme ; le développement durable au sens large ; la dimension culturelle du développement ; l'égalité des genres ; et, enfin, l'économie sociale.
MOYENS MATERIELS
Pour traduire ces priorités en actions effectives, sur leurs budgets propres, la Région wallonne et la Communauté française de Belgique consacrent plus de 17 millions € à des actions concrètes, de terrain. Parallèlement, grâce à un financement de l’Etat fédéral de quelque 8 millions €, un appui substantiel en ressources humaines est garanti à nos partenaires du Sud puisque, en effet, ce sont en permanence quelque 150 coopérants qui effectuent des missions de courte ou de longue durée en appui au développement.
MODES D’INTERVENTION
Nous intervenons aux niveaux bilatéral direct, multilatéral et bilatéral indirect.
En ce qui concerne le bilatéral direct, nos choix géographiques sont, essentiellement, fonction de l'adéquation entre les dimensions du pays partenaire, ses besoins objectifs et nos ressources ; de l'existence de liens historiques et/ou d'une tradition de coopération ; et, également, de notre intérêt pour la vocation régionale des projets. C'est ainsi que, à ce jour, nous entretenons un partenariat privilégié avec quinze pays : l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Liban et la Palestine, pour la Méditerranée; Le Bénin, le Burkina Faso, le Sénégal, la République démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi, pour l'Afrique subsaharienne; le Chili, la Bolivie et Haïti, pour les Amériques; et le Vietnam, pour l'Asie.
Cette concentration géographique, qui cible de façon très majoritaire les PMA, n’exclut pas les partenariats sectoriels, selon les demandes du Sud, d’une part, et nos capacités à y répondre valablement, d’autre part. C’est ainsi que, par exemple, nous collaborons avec le Kwazulu Natal ou l’Etat de Bahia en matière de génétique animale ; avec le Congo-Brazzaville dans le domaine du développement régional ou encore avec la Mauritanie, dans la lutte contre la désertification.
Globalement, ce sont 7.250.000 € que Région et Communauté consacrent ainsi sur leurs budgets propres à ces partenariats.
En ce qui concerne le multilatéral, nos limites budgétaires mais également notre recherche systématique des synergies ainsi que notre appartenance à la Francophonie nous amènent à nous tourner naturellement également vers ce mode d'intervention. Globalement, ce sont ainsi près de 6.800.000 € que Région et Communauté confient à l'action d'institutions, internationales et multilatérales, au premier rang desquelles la Francophonie (70%) mais aussi la FAO, le BIT, l'ONUDI, la BAD, l'OMS ou encore l'UNESCO.
En ce qui concerne le bilatéral indirect, Communauté et Région ont constitué un fonds de cofinancement en appui à la part de fonds propres que les ONG francophones doivent apporter aux projets pour lesquels elles ont obtenu un financement soit de l'Etat fédéral soit de la Commisssion européenne. Par ailleurs, la Région wallonne lance chaque année, depuis 2002, un appel à projets en matière de développement durable à l'attention des ONG, des villes et communes de Wallonie ainsi que des organisations représentatives des travailleurs et des agriculteurs, de Wallonie, et pour lesquels la Région assure jusqu’à 87,5% du financement.
Globalement ce sont ainsi plus de 3.000.000 € que les Région et Communauté mobilisent pour le bilatéral indirect.
ORGANISATION
Le prolongement naturel de cette recherche d'efficacité et de cohérence eu égard à nos moyens nous porte à valoriser également notre action et nos capacités sur la scène multilatérale. Cette présence est évidemment facilitée par notre appartenance à la Francophonie qui constitue notre espace intrinsèque d'ouverture sur le monde.
Cette disponibilité pour les synergies à un niveau multilatéral s'explique parce que son principe existe déjà tout à fait à la base de notre action de coopération. C'est, en effet, précisément ce à quoi à s'attachent les entités fédérées francophones par la mise en commun systématique de leurs spécificités respectives. Cette démarche est dictée par le souci de complémentarité de notre offre vis à vis de nos partenaires du Sud mais aussi par l'objectif de démultiplier l'impact de l'action de développement précisément par cette mise en commun. Cette détermination s'illustre non seulement par la fusion de fait des différentes administrations fédérées francophones de coopération mais également par la signature d'accords de coopération systématiquement tri voire quadripartites avec nos partenaires du Sud. Dans le même temps, la nature même des acteurs de notre action illustre aussi ce principe de synergie puisque, en effet, notre administration agit en qualité d'interface entre, d'une part, nos partenaires du Sud et, d'autre part, les opérateurs directs de l'action, tels les entreprises, le universités, les ONG ou encore, entre autres, les associations culturelles.
Plus pratiquement, à Bruxelles, en ce qui concerne les pays en développement, notre organisation se structure en deux services géographiques, le département «Sud» et le département «Maghreb Proche Orient», qui gèrent notre action bilatérale ; un service «multilatéral» ; un service plus transversal, celui de la «coopération au développement» ; outre le bilatéral indirect et les questions transversales qu’il traite, ce dernier service bénéficie de l'appui technique de l'APEFE, qui est la structure gérant la mise à disposition de nos 150 coopérants.
Sur le terrain, notre action s'appuie actuellement sur nos cinq représentations diplomatiques de Kinshasa, Dakar, Hanoï, Rabat et Tunis. Parallèlement, nous disposons, dans chacun de ces pays, d'un coordinateur des coopérants APEFE. Et, là où nous ne disposons pas de représentations diplomatiques, nous bénéficions, dans la plupart des cas, de l'action d'un coordinateur APEFE. Il en est ainsi en Palestine, au Burkina, au Bénin, au Rwanda, au Burundi et en Bolivie. En outre, dès 2005, notre présence diplomatique au Sud s’accroîtra avec l’ouverture de deux nouvelles délégations, à Alger et Santiago.
Enfin, même s'il ne s'agit pas, à proprement parler, d'une composante de notre organisation, une structure à vocation consultative et d'initiative vient d'être mise sur pied en relation directe avec notre mode d'organisation. Il s'agit du Conseil Wallonie Bruxelles de la Coopération internationale. Ce Conseil associe les universités, les fédérations d'ONG, les partenaires sociaux, les villes et communes, les acteurs de l'éducation au développement et le Rat für Entwicklungszusammenarbeit de la Communauté germanophone. En bref, il s'agit là d'un élément fondamental d'une gestion participative associant de manière pratique et dynamique les acteurs belges de notre action de coopération.
En conclusion, qu'il s'agisse de nos objectifs, de nos secteurs et modes d'intervention ou encore de notre organisation, il est manifeste que nous privilégions la proximité, la complémentarité et la synergie. En d'autres termes, nous sommes naturellement ouverts à toutes possibilités de mise en commun de nos expertises et capacités respectives au profit des populations du Sud.
Direction générale des Relations extérieures de la Région wallonne Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique Espace international Wallonie-Bruxelles Place Sainctelette, 2 B-1080 Bruxelles Téléphone 0032 - (0)2 - 421 83 44 Télécopieur 0032 - (0)2 - 421 83 42
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